La réalité des organismes de solidarité internationale

Carole-Anne Jacques caroleanne.jacques@tc.tc
Publié le 16 novembre 2016

Les panellistes Étienne Dion, Jooneed Khan, Anne Sainte-Marie et Patricio Henriquez entourent l'animateur de l'événement Charles Gill, enseignant en journalisme et communications au Cégep de Saint-Jérôme.

©TC Media – Élaine Nicol

SOCIÉTÉ. Un panel, ayant pour titre Solidarité internationale et couverture médiatique: enjeux et défis et regroupant quatre invités de marque, a eu lieu le 9 novembre dans le cadre de la 20e édition des Journées québécoises de la solidarité internationale (JQSI).

Patricio Henriquez, Chilien d'origine et documentariste ayant remporté plusieurs prix, dont celui de meilleur long métrage documentaire au Gala du cinéma québécois en 2016 pour son film Ouïghours, prisonniers de l'absurde; Jooneed Khan, journaliste d'origine mauricienne et chroniqueur de la politique internationale au quotidien La Presse de Montréal pendant 35 ans; Anne Sainte-Marie, responsable des communications pour Amnistie internationale Canada francophone ainsi qu'Étienne Dion, édimestre et gestionnaire des médias sociaux pour Oxfam-Québec, ont discuté des enjeux et des défis de la couverture médiatique en lien avec la solidarité internationale.

Les membres du panel s'entendaient tous pour dire que le média traditionnel n'offre plus une place de choix aux nouvelles internationales.

Anne Sainte-Marie a, d'ailleurs, cité Armande Saint-Jean, professeure en journaliste et ancienne reporter à l'international, qui s'est exprimée sur le journalisme actuel dans une chronique de Josée Blanchette du journal Le Devoir. «Tout a changé, le paysage médiatique, les outils, la finalité du journaliste professionnel. Avant, c'était un service public, l'info était essentielle à la démocratie. C'est devenu un business perverti par le pouvoir de l'argent dans le grand tourbillon du néolibéralisme. La finalité est de faire bien vivre les actionnaires», a-t-elle cité tout en ajoutant que les organismes doivent trouver un moyen que ce soit rentable pour les médias de parler de solidarité internationale.

Mme Sainte-Marie rappelle que les émissions parlant de nouvelles internationales ont été coupées tout comme les journalistes correspondant à l'étranger et que les sujets abordés par les organismes de solidarité internationale sont impopulaires. «Nous avons trop de choses à dire pour la place qui nous est offerte», a lancé Mme Sainte-Marie.

Les médias sociaux

Étienne Dion a œuvré à l'Association québécoise des organismes de coopération internationale comme responsable des médias sociaux ainsi qu'à Développement et Paix et maintenant au sein d'Oxfam-Québec. Il souligne qu'il est difficile de rejoindre les gens sur les réseaux sociaux, mais qu'il préfère tout de même mettre de côté les médias traditionnels puisque les statistiques ne sont pas concluantes. «Sur les réseaux sociaux, les gens veulent pouvoir réagir, ils veulent du contenu qui se digère sans effort, drôle ou chargé d'émotions fortes», a expliqué M. Dion qui rappelle que les organismes de solidarité internationale ne peuvent présenter ce type de contenu. «Sur les réseaux sociaux, les gens n'ont que huit secondes d'attention à consacrer à une nouvelle. Nous rivalisons avec les chats, les vedettes, les défis viraux. Nous cherchons encore comment accrocher les gens», a conclu M. Dion.

Documenter

Dans son discours, le documentariste Patricio Henriquez a prêché pour sa paroisse. Selon lui, le meilleur moyen pour les organismes de solidarité internationale d'obtenir de la visibilité est de documenter les voyages grâce aux vidéos. «Le documentaire est différent des médias sociaux, il vit sur un temps x. Il engendre un débat malgré qu'il rejoint peu de gens à la fois», a-t-il lancé tout en mentionnant que le film permet de préserver une mémoire, ce qui permet également à une société de s'orienter.